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A LA FIAC, LES FRANÇAIS RONCHONNENT
Paris Match

By Catherine Schwabb

 

La FIAC… Chaque année, on se précipite, on fait la queue dans le froid devant le Grand Palais – ou on a la chance d’avoir une invitation prioritaire – et hop, on se retrouve avide, curieux,  ébloui, subjugué, ou au contraire, perplexe ou consterné.

 

A chacun son parcours, plan en main. Personnellement, je fais d’abord le tour du « village » par les allées extérieures, avant de finir par l’allée centrale. Et j’essaie de revenir une deuxième fois pour voir les galeries à l’étage car au bout de deux heures et demie, on n’enregistre plus rien.

 

Sacré pouvoir. Elle ne doit pas avoir que des amis. Cette directrice néo-zélandaise s’était fait connaître en 1997 en inventant une rue de jeunes galeries, rue Louise Weiss dans le 13ème, moins chère que l’avenue Matignon ou le Marais. Depuis qu’elle est en poste, tout le monde s’accorde à dire qu’elle a ouvert à l’international cette grande foire d’art contemporain. Mais cette année, ça grince méchamment dans les rangs français : on l’accuse de n’en pincer que pour les Américains ! Qui représentent le gros des collectionneurs, il faut bien le dire. On est à Paris tout de même ! C’est ainsi que certaines galeries se sont repliées à Officielle, à la Cité de la Mode, Quai d’Austerlitz. Na !

 

Alors cette année, c’est comment ? Ni nul, ni époustouflant. Conforme à un marché qui se replie prudemment sur des valeurs sûres, genre Anish Kapoor (chez Gladstone et d’autres), Damian Hirst (chez White Cube), ou Soulages, ou Warhol (chez Gagosian) ou Donald Judd ou Rauschenberg (chez Pace).

 

La provocation, les œuvres un peu coup de poing se situent plutôt, du côté des asiatiques, comme la biche coupée en deux du Chinois Yong Ping chez Kamel Mennour.

 

Il y a une génération de quadras qui voit grimper sa cote : la Japonaise Shiharu Shiota ou le Belge Jan Fabre chez Daniel Templon sont de vraies valeurs qui se sont imposées sur le marché international, tout comme les jolies  sculptures baroques de Rina Banerjee chez Nathalie Obadia.

 

C’est devant une de ces sculptures indiennes que je tombe sur la cinéaste Agnès Varda, irrésistible petite bonne femme d’un mètre cinquante aux cheveux bicolores, si vive et si drôle.

 

Elle raconte : « Quelqu’un est venu vers moi et m'a dit : "Vous êtes une légende mais heureusement vous n’avez pas grandi !" Ca m’a fait rigoler !

 

Elle conserve son humour et sa curiosité, c’est son secret de longévité. Artiste plasticienne aussi, elle expose elle-même partout, à 87 ans ! « Ben oui, qu’est ce que vous croyez ! Là je reviens de Chicago, et je serai à Paris Photo avec mes triptyques, un portrait photo entre deux vidéos. Vous ne connaissez pas ? Honte à vous !

 

Au fil des allées, on croise l’acteur Pascal Greggory, le député Henri Weber, le cinéaste Claude Lelouch, grand collectionneur, avec sa femme Valérie Perrin, scénariste et photographe, ravissante brune aux pommettes hautes, sosie en plus jeune de ses précédentes !

 

Elle n’est pas actrice, ouf, et publie un roman ces temps-ci, « Les oubliés du dimanche » qui raconte une relation originale entre une jeune fille de 20 ans et une presque centenaire.

 

A l’image du marché, les femmes ont rangé leur extravagance. Ce qui n’empêchera pas quelques grosses ventes à cinq ou six zéros. Par exemple, il paraît que le masque de David Hammons recouvert d’orange minium (chez l’Anglaise Ice Cube) est affiché à 1 million de dollars ! Ca fait beaucoup pour cette substance toxique qui se dégrade à la lumière… Comme d’habitude un soir de vernissage, de jolies Russes en robe rouge déambulent en talons de 12 centimètres, des avocats en costume trois pièces serrent les mains des galeristes, des galeristes fatiguent, ont faim, sirotent du champagne… Je note que dans les stands, la robe Alaïa noire a détrôné le classique plissé Issey Miyake.

 

A la galerie berlinoise Jablonka, un artiste américain, Eric Fischl, 67 ans, a peint une allégorie de ce cirque artistico-économico-mondain ; il a rassemblé sur de belles grandes toiles les figures prestigieuses des foires de l’art mondiales… Le grand public ne les connaît pas, ce sont eux qui font et défont une cote, une galerie, un pays !

 

A 400.000 euros l’œuvre, ce jovial peintre et photographe (qui vit à New York avec sa femme artiste, April Gornik) s’inclut dans sa peinture, en train de faire un selfie !